Article « retour » de : Triptyque sans cœur

image-1« Abiel et Edilaine » m’a surprise tant les mots sont durs : ceux de l’exposition d’une réalité, dure réalité, réalité cachée.

(…) J’ai beaucoup aimé cette idée de réécriture, je l’ai trouvée vraiment très pertinente, actuelle, informative, importante, touchante. J’ai pensé à « Slumdog Millionnaire ». Et au conte de Grimm bien sûr. Je me suis demandé, entre autres questions, si c’était la place de la scène de faire révélation de tels chiffres, sur le travail des enfants. Je me suis demandé si il y avait vraiment une « place » pour parler de ces choses-là. Puis je me suis dit qu’en fait c’était pas vraiment ça la question. On ne peut pas parler de tout, on ne peut pas parler de rien. Je me suis dit qu’il fallait oser. Et là c’était osé, c’était délicat, mais assumé. Cela dit, je serais curieuse de connaître les raisons qui ont poussé Alex à traiter ce thème lourd et grave : un voyage, un choc, une expérience ? Je ne crois pas qu’il soit possible de décortiquer en profondeur un fait pareil sans y avoir été confronté d’une manière ou d’une autre…
Il est évident aujourd’hui que les seules informations médiatiques ne permettent pas d’accéder véritablement à la réalité des événements. Surtout lorsque ces derniers ont lieu dans un autre pays, sur un autre continent, dans un autre contexte politique et social : lorsque cette réalité est bien loin de la nôtre.(…)
Comment se positionne « Abiel et Edilaine » par rapport à cela ? Comment mettre en lumière l’histoire possible de deux enfants pauvres et abandonnés, au théâtre, ici, alors que ce genre de parcours ne paraît pas « proche » de nous ? Autrement dit : quelle est la source de ce que raconte cette réécriture ? Est-elle médiatique, personnelle, historique, encyclopédique, imaginaire, …? Est-elle le résultat d’une étude précise de la part du metteur en scène à travers l’une ou plusieurs de ces sources ? Ou bien, est-ce que ce travail a comme projection de soulever l’éventualité d’une telle situation ici, en France, en 2017 (par exemple) ? Ou les deux ?      
Pour « To be continued… », je n’ai pas reconnu un conte en soi, mais plutôt une forme typique de conte, à la fois à travers son titre et dans son sujet : l’éventuelle possibilité d’une suite, ou même une suite évidente puisqu’il y a forcément un « après » : le protagoniste continue sa vie après cet épisode. Le manque d’un parent est aussi un fait récurrent dans le conte. Ce qui donne naissance aux péripéties, aux événements exceptionnels, au fantastique, à l’imaginaire comme échappatoire, c’est souvent, je crois, l’absence ou l’abandon d’un repère fondamental et familial (James et la pêche géante, Cendrillon, Blanche Neige, Raiponce, le petit Poucet…).
    J’admire vraiment le courage de Baptiste : le fait de traiter d’un sujet aussi sensible et intime dans l’écriture ne me paraît déjà pas simple, mais qu’il assume la mise en scène et l’interprétation de ce texte de surcroît, ça m’a vraiment impressionnée. C’est à la fois une preuve supplémentaire de la confiance, de l’entraide et du soutien présents dans votre groupe : j’imagine que vous avez été beaucoup à l’aider, à lui porter un regard extérieur… Et puis, pour écrire un tel texte et pour l’interpréter, je me dis qu’il a certainement composé tout ça dans un climat de grande bienveillance (comme pour tous les projets d’ailleurs, ça va de soi). Globalement ce sont de sacrés dons que vous avez faits à votre public.

Cela dit j’ai parfois été troublée par le texte, peut-être justement parce qu’il était très intime. Pendant « To be continued… » j’ai eu, à certains moments, comme une impression de révélation très poussée, enfin je me suis dit parfois que j’avais entendu beaucoup de choses, et que j’en savais même un peu plus que nécessaire. À l’écoute du texte, j’ai ressenti une petite gêne. C’est peut-être l’effet souhaité. Mais je dois admettre que j’aime particulièrement le suggéré au théâtre, comme j’aime les descriptions partielles dans un livre, qui me permettent de créer l’image dans ma tête. Imaginer. Prolonger l’histoire. Ici je me suis sentie comme guidée vers un fait très précis, presque sans suggestion. Je pense à la présence symbolique du carton, à la parole du personnage directement adressée au vide qu’a laissé son père, et aux déplacements de l’acteur. Ce que je décris s’est produit de manière très légère, même si le sujet en soi est brutal, celui de l’abandon paternel et la palette d’émotions qui l’accompagne.

   Dans « Les petites pensées cachées, où se rendent les petites choses quand elles sont mortes ? », j’ai reconnu un travail très axé sur l’écriture personnelle. (…)
L’écriture fragmentaire, hachée, divisée en plusieurs « états de pensée » m’a séduite, le « défi » m’a paru relevé : « accepter d’écrire et de parler de soi ». Ce projet révèle les petites pensées cachées de la metteure en scène, intimes, douloureuses, révoltées, directes, explosives, douces ou brutes; c’est un point de vue sur le monde très personnel et appuyé. Le texte englobe des questions d’actualité, des problématiques universelles, des références populaires, des images métaphoriques, c’est un texte long et complet, qui m’a paru fini (début – milieu – fin assez clairs). 

   À l’intérieur de ce texte, j’ai été parfois dérangée par, encore une fois, un « trop-dit » (mais je me dis que c’était certainement parce que le sujet se prêtait aux révélations : l’acceptation d’être soi dans le monde), un « trop-dit » qui m’a fixée sur une « pensée unique ». Ce que je veux dire, pour essayer d’être plus claire, c’est que certains passages qui traitent de thématiques sociales (burkini, couleur de peau, handicap / déficience…) m’ont en quelque sorte « forcée » à être d’accord avec l’auteure (encore une fois c’est quelque chose de léger, je n’ai juste pas trouvé de meilleur mot). Ce n’est pas que j’aurais aimé ne pas être d’accord, c’est plutôt que j’aime ce qui est esquissé, suggéré, et je me suis sentie ici guidée vers une réflexion morale à la fois juste et évidente. Je me suis dit que les pensées sur des thèmes globaux, généraux, avaient plus d’impact sur moi quand elles sont abordées par un angle, par un détail, par litote (j’ai cherché la figure de style qui correspond à cela : « en dire moins pour en dire plus »). (…)

    (…) La montagne de bonbons, par exemple, fait partie des dispositions de mise en scène qui m’ont marquées par tout ce à quoi elle fait écho : l’abondance, le chantage, le caprice, l’addiction, l’attirance, l’enfance, la récompense, la joie, les couleurs, la douceur, le sucre, la santé, le danger caché, la consommation, … Il en est de même pour la table au centre et sans chaises de « To be continued … » : famille, repas, réunion, ensemble, manger, cuisiner, chaleur, souvenir, réunir, place, place vide, place attitrée, habitudes, pas de chaises : bouleversement (?), … Et pour « Les petites pensées cachées (…) », la terre et le citronnier planté à la fin sont pour moi tout aussi porteurs de sens. (…)

Laetitia L. étudiante en Licence 3 Arts du spectacle

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