18h09. Arrêt de bus Mosson.

Y’a personne.

15 sièges vides.

14 maintenant.

J’me pèle le cul, le siège est glacé.

J’attends. Rien ne se passe.

Y’a beaucoup de voitures. Et quelques bus.

Odeurs de gasoil. Bruits de voitures. C’est surchargé de voitures.

Bruits de moteurs. Moteurs ronronnant ou hurlants.

Sinon, silence.

En face de moi, une mère au volant, qui parle à son fils, en siège auto, assis derrière.

Qu’est-ce qu’il a fait de son mercredi ? Elle lui demande comment s’est passé sa journée ? le conditionne pour l’école le lendemain ? Ils redémarrent et s’éloignent.

Quelques autres voitures puis le carrefour se libère et d’un coup plus une voiture devant moi.

J’attends.

Bercement des bruits de moteurs un peu plus loin.

Un garçon vient finalement s’assoir. Lycéen. Capuche remontée sur la tête et écouteurs dans les oreilles. Il attend.

J’attends.

Puis une fille.

Puis un autre gars. Qui lui, bouffe des dragibus.

Coup de klaxon. Pourquoi ? on sait pas.

Il y a du vent. Vélos qui passent.

Bruissement des journaux éparpillés au sol.

Bruit d’emballage de Haribo.

Arrivée d’une autre fille. Elle pianote sur son téléphone. Elle attend.

J’attends.

Bruit de tram. Bruit de journaux. De moteurs, toujours des moteurs.

C’est calme.

Bruit de moto. Je sursaute. Ma petite sœur hurlait quand elle entendait une moto. Maintenant elle en veut une…

J’attends. Silence. Frémissement du vent, bruissement de journaux, bourdonnement des moteurs, emballage Haribo. Vent, journaux, moteurs, Haribo. Vent, journaux, moteurs, Haribo.

Une fille débarque et vient se poster devant celle avec son téléphone.

F1 – Hé !!! ça va ?

F2 – Ouiiii !!!

F1 – T’as des lunettes ?

F2 – oui mais c’est juste pour lire. Elle sont dégueulasses, je peux pas faire la ouf avec.

Rires. Silence.

Frémissement du vent, bruissement de journaux, bourdonnement des moteurs, le gars a fini ses Haribo.

F2 – J’avais les cheveux attachés et là ils sont trop sales, absolument dégueulasses. Pendant une heure et demie, j’ai pensé qu’à une seule chose, me laver les cheveux putain.  

F1 – Non mais j’adore tes cheveux. J’aimerais trop avoir les mêmes.

F2 – Oui mais là ils sont dégueulasses.

F1 – Tu devais pas faire une couleur ?

F2 – Si…

F1 – Et ?

F2 – Bah je l’ai fait mais ça se voit pas. J’ai claqué 80 balles dans un truc qui se voit pas.

F1 – Si, ça se voit un peu.

F2 – Après j’ai pas dit que j’avais fait une couleur, c’est un éclaircissement et ça se voit sur les pointes. Elles sont blondes. Plus clair.

Frémissement du vent, bruissement de journaux, bourdonnement des moteurs.

F1 – et toi ta classe ça donne quoi ?

F2 – Putain, c’est la merde, ils ont trop de manières. Genre : « Hé moi j’ai eu mon bac mention très bien. » « Oui moi aussi. » « Et moi aussi. » Et oui on sait putain ! Et moi aussi je l’ai eu mon bac. Pas avec votre putain de mention mais je l’ai eu. Et une autre encore « Moi aussi je l’ai eu avec mention. » Oui bah toi ça va, on sait que tu l’as eu, ton bac mention grosse pute.

Rires.

F1 – Mentions grosse pute ? Tu sors ça d’où ?

F2 – J’sais pas, ça m’a soûlé, c’est tout.

Un bus arrive, n° 25 direction Juvignac. Elles montent dans un bus. Le gars aux Haribo finis aussi. J’attends. J’ai froid.

Il fait nuit maintenant. Frémissement du vent, bruissement de journaux. Quelques voitures. Sinon, Silence.

Bruit de valise. Une mamie débarque, échevelée. Elle pose sa valise et écrase ses deux sacs sur le siège à côté de moi. Je la regarde.

Mamie – Vous allez où ?

Moi – À Saint Georges d’Orques.

Mamie – Ah. Moi l’autre soir, je rentrais comme ça pour prendre le 42 direction Murviel. Le 42, il faut réserver. Et bah, y’a 3 jeunes filles qui avaient réservé mais la chauffeuse avait pas la réservation internet et elle a jamais voulu les laisser monter. C’est stupide non ? Si elle est là c’est qu’elle sait qu’il y a une réservation ici, elle aurait pu les prendre. Mais non, elle a dit « Vous êtes pas sur ma liste, je vous prends pas. Moi je rentre au dépôt. » C’est bête elle était payée non pour le trajet ! Pi elle a laissé 3 gamines sur le côté franchement ! Enfin… C’est ridicule non ?

Moi – Oui… c’est pas logique.

Silence. Putain de vent. On se les pèle.

Mamie – Gislaine, Allô ! Gislaine ! Gislaine c’est moi ! Bon alors pour les jumelles, ça vous va ? Non LES JUMELLES ! Le cadeau, ça vous va ? Vous avez une autre idée ? Non parce que ça fait 3 semaines que j’attends une réponse ! Et cette semaine je suis déjà surchargée, j’aurais pas beaucoup de temps, ce serait bien que vous me donniez une réponse ! Oui j’offre quelque chose ! Ecoute on a l’habitude d’offrir quelque chose alors j’offre quelque chose mais si ça va pas, dis-moi ce que vous voulez, je préfère rien offrir que de dépenser de l’argent dans quelque chose qui vous plait pas… Oui mais répondez vite ça suffit, ça fait 3 semaines que j’attends et cette semaine j’aurais pas le temps… Sinon, écoute-moi, j’ai une idée pour le sapin, on fait dans la récup, on dépense pas d’argent. On prend du papier crépon, du papier alu pour les décos et des cartes de visites, il faudrait des cartes de visite pour accrocher des petits mots. C’est ludique et pas cher. Oui des cartes de visite parce qu’il faut quelque chose de rigide, j’ai des post-it mais ça va pas, il faut des cartes de visite. T’auras le temps de t’occuper d’en trouver ? Non bah écoute si t’as pas le temps, je chargerais quelqu’un d’autre de le faire. Bon et réponds-moi vite pour les jumelles ! Au revoir Gislaine.

18h52, mon bus arrive, n°40 direction Saint Georges d’Orques. Je m’apprête à me lever.

Mamie – Oh c’est énervant ! Ça fait trois semaines que je demande à ma fille ce qu’elle et son mari veulent pour Noël et j’ai pas de réponse. Et j’ai pas le temps moi, là je rentre d’Italie, j’y étais pour mon travail et la semaine prochaine j’aurais pas beaucoup de temps non plus. J’ai proposé des jumelles, comme ils vont souvent au théâtre, à l’opéra, je pensais que ça serait bien, et aussi pour voir les oiseaux quand ils vont se promener en forêt parce qu’ils aiment bien se promener en forêt mais non, j’ai pas de réponse. Et moi je préfère ne rien offrir que de dépenser de l’argent dans un cadeau qui plait pas. Eh bah, c’est pas votre bus là ? Le 40 ? Vous voulez le rater ?

Moi – Non, non, j’y vais. Vous, vous allez où ?

Mamie – Bah à Murviel ! J’attends le 42. C’est sur réservation le 42, d’ailleurs, le 40, celui de Saint Georges, c’était aussi sur réservation avant, ça l’est plus ?

Moi – Non.

Mamie – Ah c’est un permanent alors !

Moi – Oui c’est ça.  Au revoir, bonne soirée.

Mamie – Oui, oui au revoir.

Amandine Le Floch, Master 1

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