Atelier de jeu avec Dag Jeanneret

Stage de jeu avec Dag Jeanneret autour de la pièce de Peter Handke.dag jeanneret.gif

Acteur et metteur en scène, Dag Jeanneret fait également partie de la direction de SortieOuest. Nous travaillerons les deux prochaines semaines sur le texte du dramaturge et écrivain autrichien Peter Handke Par les villages créé en 1981. Dans cette pièce et dans le cadre de notre stage, Dag Jeanneret s’intéresse particulièrement au texte, « plein d’énigmes, de questionnements, autant sur la forme que sur le sens » .

Les deux premiers jours ont permis de faire une lecture intégrale du texte, dans la visée d’un travail d’acteur. Un travail dramaturgique a permis un « apprivoisement » du texte intéressant, tout en permettant de s’essayer à l’exercice de la lecture et parfaire sa diction, à la fois lyrique et quotidienne chez Handke.

La lecture amène à certaines questions en vue d’un travail de plateau: le supposé « trop grand naturel » du théâtre peut-il aller avec cette langue ? Comment s’emparer de cette langue particulière ? Il a été alors intéressant de se pencher sur « l’avant-propos » que l’auteur adresse aux acteurs avant le début du texte: «  »C’est moi qui suis là. Tous sont dans leur droit.- Continuer à jouer après les mots de conclusion.-Ironie fervente. » On comprend qu’il s’agit d’assimiler un maximum le langage de Handke comme notre propre langage

Le premier problème rencontré fut alors également le premier interêt de ce texte: la porosité de la langue, une langue pleine d’images, de descriptions, de récits. L’écoute n’est pas évidente avec un texte pareil; une des étapes les plus importantes a donc été de comprendre le mouvement du texte, qui se déploie, comme la pensée des personnages.

Au début du travail de plateau, nous avons rencontré un autre « problème » issu de la singularité du texte: l’économie de mouvements que celui-ci appelle. Comment faire se frotter l’histoire « quotidienne » que dépeint Handke, la vraie force vitale du texte et la formalité que le texte appelle? Peut-on penser plutôt à des mouvements plus internes que physiques ? Comment jouer aujourd’hui la lucidité et l’intelligence de la pensée que Handke attribue à ses personnages de toutes les classe sociales (un des thèmes récurrents de la pièce) ? On a cherché à trouver une réponse à cette question, notamment en travaillant un jeu assez distancié, en maniant avec délicatesse les moments d’émotion et d’affect.

Atelier direction d’acteur 2ème semaine : 30/01

Dag Jeanneret propose un autre espace-temps à ses apprentis comédiens.Par les villages, poème dramatique de Peter Handke nous offre de l’intemporel. Nous débordons dans le temps pour créer de l’intemporel.

Anecdotes sur anecdotes, Dag Jeanneret nourrit ses propositions, il n’est pas là pour raconter mais pour nourrir. Comme l’acteur est plein d’empêchements un travail de dentelle s’impose.Dag Jeanneret donne le ton : Peter Handke et Racine ont la même précision de langage.

Il nous appelle à résister au sens du texte pour ne pas taper sur les mots.

L’éthéré qu’induit le poème dramatique de Peter Handke est un piège pour l’acteur ; il faut toujours rester concret car les mots sont comme des insectes à clouer au mur et à détailler. Une bagarre intransigeante avec les mots s’impose. Le rythme, la respiration, l’appropriation du texte. Le vertige des mots et des images imprime l’acteur. L’émotion sort par le texte, par le flot des mots.

Dag Jeanneret étonne par son franc-parler. Par son exigence ; il est à la fois rude et doux avec les acteurs. Il ne cesse de répéter :

« Il faut être libre sur le plateau !

Ne pas prendre la chose par l’extérieur mais par l’intérieur !

Le plus important c’est d’écouter l’autre.

L’écoute se ressent dans le visage, il répondra de lui-même.

Ne cherchez pas à faire.

L’art de l’acteur est un état de disponibilité particulier, un état d’éveil.

Jouez comme vous êtes.

Ayez confiance en vos images du théâtre.

N’ayez pas peur du ridicule.

Arrêtez de vous juger.

Il faut s’oublier ! »