« Portrait de ville à 25 voix » – présentation du 26 Janvier 2018 – sortie de stage avec Marion Aubert

26 Janv. 2018 – 11h00

/ Salle de répétition du Théâtre la Vignette /

// Master 1 & 2 //

Rendez-vous avec le hasard quotidien d’un Montpellier particulier, celui qui est sous notre nez, si près qu’on oublie qu’il existe. Rendez-vous avec le thème « à vendre », ou pas, comme il nous plaît. Rendez-vous avec soi-même, ou avec l’autre, avec l’inconnu, avec un endroit. Rendez-vous là où le banal devient extra.

Portrait de ville à 25 voix

Petit recueil de textes choisis parmi ceux qui ont été composés dans le cadre du stage d’écriture avec Marion Aubert, Master 1 et 2 confondus.


05h00. Rue Lakanal.

Je me lève. Nous sommes Mardi. Je me prépare, vite, je prends une douche et un café, et je sors de chez moi à cinq heures quarante-cinq. Je me dirige vers la rue de l’Aiguillerie – j’habite aux Beaux-Arts – où j’ai rendez-vous avec Pauline.

À dix mètres de chez moi, je croise un premier passant. Il est jeune – la trentaine, porte un jogging noir et un pull noir sous une veste à manches courtes marron. Il écoute de la musique avec des écouteurs et sa démarche est assurée. Quand nos regards se croisent, il me sourit. Je le reconnais à ce moment-là ; il est employé au Carrefour City de Louis Blanc. J’y passe pratiquement tous les jours. Son père est diabétique.

C’est drôle, de près il a l’air moins réveillé.

Je continue et remonte la rue. Une fille, plus loin, attend les premiers tramways à Louis Blanc. J’arrive dans la rue et envoie un message à Pauline « Je suis en bas de la rue ! », « J’arrive » me répond-elle, « j’aurai cinq minutes de retard ».

Mon premier constat quand j’observe autour de moi est que la rue est relativement propre ; une fois, j’étais sortie un dimanche matin à six heures, et cette rue ressemblait à Bagdad, on aurait dit que la fin du monde avait eu lieu ici la veille.

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06h50. Marché des Arceaux.

Il fait nuit et froid.

Il y a du vent mais les arbres restent figés, ils attendent patiemment.

J’entends les moteurs de leurs camions qui arrivent, se garent.

Des bouteilles qui s’entrechoquent, de la vaisselle qui casse.

Bruit de métal qui claque, de pains qu’ils arrachent de leurs sacs en kraft.

Cris des tables qu’ils sortent des camions, qu’ils écartèlent, qu’ils traînent par terre.

Un homme passe en sifflant un air triste.

Une cloche sonne.

Les lumières s’éteignent, une ombre s’avance furtivement, se glisse derrière un stand.

Elle empoigne fermement de fragiles choux-fleurs, les entasse dans un coin.

Elle saisit une cagette, la retourne avec virulence, des salades chutent, forment un bloc pour faire face à la masse rousse qui se dresse devant.

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08h32. Place de la Comédie.

Une terrasse de café. J’aperçois un couple à ma droite, muni d’un smartphone et d’une écharpe. Une jeune fille de 19-20 ans manie aussi le smartphone à la table devant eux. Attablée, un café entamé, et un verre d’eau. Elle se retourne régulièrement vers la place, avec un petit sourire pressé. Qui attend-elle ? À côté d’elle, deux dames d’un âge mûr ; et on aperçoit la maturité et la sagesse dans leur regard. Des livres de la collection de la Pléiade sont posés sur la table. En face d’elle, et en même temps légèrement sur le coté gauche, un homme de 70 ans avec un béret note sur un carnet à petits carreaux. C’est bizarre, j’ai l’impression qu’il fait la même chose que moi. J’essaye d’approcher mes yeux. Les vieilles dames devant moi chuchotent en me regardant. Elles sont cinq maintenant. L’homme n’a rien repéré. J’aperçois non des lettres sur son carnet, mais des formes qui ressemblent à des croquis. Deux solutions :

  1. Il dessine le manège juste en face de lui.
  2. Il prépare la maquette de son nouveau projet d’architecture.

Mais il a aussi un smartphone ! Pour sûr, c’est un homme actif, il ne peut pas perdre son temps à dessiner des manèges, en plusieurs exemplaires en plus. Il se rhabille, il est l’heure pour lui d’aller affronter la Ville.

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11h28. TGV direction Gare Saint Roch.

Je saute dans un wagon.

– D’accord et qu’est-ce que tu voudrais manger ? Je pensais faire une daube ou un poulet rôti…

J’avance comme si je cherchais ma place, en regardant les numéros des sièges mais en portant un plus grand intérêt vers les personnes à côté desquelles je m’assiérais. Place 107, une famille, avec deux enfants qui se chamaillent. Le couple des sièges 115 et 116 parle en arabe. Le mari semble s’en foutre. Ici ça m’a l’air bien que j’me dis, place 120. Je me pose, observe entre et au-dessus des sièges.

DAM DAAAM DAAAM :

– BONJOUUR, ici Christian, votre chef de bord. Bienvenue à tous les voyageurs nous ayant rejoint en gare de Nîmes ! Ce train à destination de Béziers desservira les gare de Montpellier Saint Wook’ah…

Ok c’est bon Chris’ j’suis dans l’bon train.

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14h23. Faculté de droit.

Contexte. Moi assise sur un petit muret à l’entrée de l’école de droit et sciences politiques. Mégots de clopes partout par terre. Vélos accrochés en face de moi le long du mur. Noir, bleu clair, vert olive. 14 vélos au total.

Odeur de café, fumée de cigarette, les corps sont en stand-by. Vêtements classiques. Stan Smith aux pieds. Une fois. Deux fois. Trois fois. Sac Eastpack sur le dos. Une fois. Deux fois. Trois fois. Chemise blanche au col soigneusement replié. Une fois. Deux fois. Trois fois. La sensation de faire tâche me colle aux baskets. Je dois être paranoïaque mais j’ai la sensation qu’on me regarde de travers. J’ai l’air conne. Je ne me trouve aucune contenance. À vendre : estime de soi. À retaper, mais reste utilisable.

Jeune fille – Vous allez en cours du coup ?

Jeune homme – Ouais. À la première et à la dernière heure je pense.

5 minutes plus tard il décide qu’il n’ira finalement ni à l’une ni à l’autre. Ça parle beaucoup de fatigue autour de moi.

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16h20. Carrousel de la Comédie.

Monoprix à ma droite et tramway de la ligne 1 et 2 à ma gauche. Il tourne.

 Aaaaaaa chiwengaaaa galaliguibabaaaa

Regard vers Maureen, on éclate de rire. Nous sommes assises sur les chaises, à droite je n’ose pas trop regarder, il y a un groupe qui parle en langage des signes.

Pub devant derrière Monoprix nouvelle collection de linge de maison, café bio respectueux de la nature, 3 achetés 1 gratuit, goûter, chocolat chaud gâteaux odeur de pain au chocolat ou plutôt mon inconscient qui invente l’odeur sur l’image de pain au chocolat que j’aperçois au loin…

Elles sont parties, les personnes qui parlaient avec leurs mains, j’ai fait semblant d’être concentrée sur le manège. Et pourquoi pas une petite crêpe, Un jour mon prince viendraaa ou alors un café ?

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16h20. Face au Monoprix Comédie.

Manège Carrousel de la Comédie.

L’Ombre de moi-même  Je suis assise sur une chaise face au manège ; j’entends la chanson du Roi Lion. Une mère court pour faire coucou à sa petite fille.

Le Lion : – J’imagine.

L’Ombre de moi-même – Une bande de malentendants communique par le langage de signes : un temps : un mouvement ; deux temps : dix mouvements ; trois temps : cent mouvements.

Le bruit du tram résonne.

Chant d’une sirène – L’histoire de la vie.

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17h06. La Cimade, rue du Faubourg Boutonnet.

L’association La Cimade a pour but de manifester une solidarité active avec les personnes opprimées et exploitées, et défend la dignité et les droits des personnes réfugiées et migrantes, quelle que soit leur origine. Je suis venu m’inscrire aux cours de français.

La salle d’attente se situe au fond d’un couloir, après deux portes pleines d’affiches. Nous sommes huit personnes. On pourrait croire qu’il y a un représentant de chaque continent.

Une femme nous accueille, impressionnée car nous sommes trop nombreux. Elle nous propose de revenir Vendredi. Elle a un petit sourire aux lèvres. Personne ne s’en va.

Il n’y a pas de chaises pour tout le monde et j’offre la mienne à une femme qui pourrait être enceinte… à moins qu’elle ait simplement un gros ventre. Je ne sais pas.

Il y a un mec assis avec une chemise en plastique à la main. Il est bien habillé : chemise bleu marine, pantalons beige, chaussures marrons. Ses yeux marrons. Il est magnifique. Dommage qu’il ait des chaussettes de sport.

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17h20. PMUCity, Place Saint-Côme.

PMUCity I

Fille 2 – Bon on entre ou on n’entre pas ?

Fille 1 – Ben je pense qu’il faut avoir une tactique d’approche. Pour pas faire peur quoi. Le risque c’est qu’ils aient peur, non ?

Fille 2 – Peur de nous ? T’as vu mes jambes ?

Fille 1 – Le mieux c’est de se caler contre la vitre comme eux pour l’instant. Rester un peu à l’extérieur histoire de tâter l’ambiance tranquille.

Homme – Trotte, trotte, trotte mon bébé, c’est toi le crack aujourd’hui. Allez mon bébé !

Homme – J’savais que c’était une jument de start. Elle part au quart de tour. Moi qui croyais qu’elle était pas super…

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17h54. Parc du Peyrou.

Joe – Tu fumes ?

Diane – Non merci.

Alex – Hé les gars, on va au Salagou ce weekend ?

Joe – Euh…

Inconnu 1 – Excusez-moi, vous savez pas où je peux trouver de la weed ?

Couramment appelé du nom de « cannabis », mais désigné dans le langage populaire sous des dizaines de surnoms plus ou moins imagés comme « chanvre récréatif », « pot », « marijuana », etc., ce nom commun calqué sur le latin se réfère principalement en français contemporain à l’utilisation des plantes du genre végétal éponyme (le genre Cannabis) pour leurs effets psychoactifs et médicinaux.

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18h09. Arrêt de bus Mosson.

Y’a personne. 15 sièges vides.

14 maintenant. J’me pèle le cul, le siège est glacé. J’attends. Rien ne se passe.

Y’a beaucoup de voitures. Et quelques bus. Odeurs de gasoil. Bruits de voitures. C’est surchargé de voitures. Bruits de moteurs. Moteurs ronronnant ou hurlants. Sinon, silence.

En face de moi, une mère au volant, qui parle à son fils, en siège auto, assis derrière. Qu’est-ce qu’il a fait de son mercredi ? Elle lui demande comment s’est passé sa journée ? le conditionne pour l’école le lendemain ? Ils redémarrent et s’éloignent. Quelques autres voitures puis le carrefour se libère et d’un coup plus une voiture devant moi.

J’attends.

Bercement des bruits de moteurs un peu plus loin.Un garçon vient finalement s’assoir. Lycéen. Capuche remontée sur la tête et écouteurs dans les oreilles. Il attend.

J’attends.

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18h15. CDN Montpellier, Théâtre de Grammont.

Conférence de R animé par L. On a 15 minutes de retard.

R aussi est en retard. Il fait une entrée remarquable.

Je renifle encore, ça va être l’enfer, je n’ai pas de mouchoir.

R entre, vite, il donne l’impression de vouloir nous faire un doigt d’honneur.

J’ai le sentiment qu’on regarde au-dessus de mon épaule. Ma sœur dit toujours « Ne lis pas au-dessus de mon épaule je déteste ça ».

– Je viens de me réveiller.

Ça explique le doigt d’honneur.

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18h59. Rue de l’Ancien Courrier.

Il commence à faire nuit, le soleil se cache.

Femme 1 – Jeudi y a un truc là non ?

Homme 1 – Oui ça à l’air.

Claque, claque, bruit de talons d’une femme qui descend les escaliers me déconcentre. Je perds le fil de la conversation et n’entends plus qu’un brouhaha collectif. Je chope des mots, « euh ». Un accent anglais prédomine le tout : « Alright » « Ahahah ».

Homme 2 – Tu viens jeudi toi ? Pas de réponse. La jeune femme ne veut pas. Apparemment jeudi c’est la fête de la rue.

Boum, clic, clefs qui tournent, portes qui claquent.

Maman – C’est maman qui va gagner !!

Enfant – Non non, c’est moi ! Elle court.

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22h00. Broc Café, Boulevard Henri IV.

Kelly et Nora, FLE, profs genre. Rencontrées au Broc.

Kelly trop cool, sa copine arrive mode hippie sexy. La première chose qu’elle dit au bar :

– J’ai ramené ma bière j’ai pas d’argent je peux boire ?

– Ok.

Ok. Bref la soirée s’en suit, j’en ai marre d’être assise, j’propose qu’on aille tous chez moi faire apéro. Sur la route Nora veut absolument manger une pizza à CapChef parce qu’elle les a toujours gratuites. On s’arrête, on prend deux parts de pizza au chèvre. Victor est trop soûl et demande au gars de CapChef si c’est vraiment un indic vu que y a toujours les flics qui viennent manger chez lui, alors que c’est de notoriété commune que c’est dégueulasse ce qu’il vend. Il répond qu’il protège les jeunes filles qui se font emmerder par les garçons, Nora me dit de bien écouter.

Ensuite on attend Jack et Kelly qui flirtent encore au bar je crois. Rodrigue est avec eux.

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23h50. Cité U Boutonnet.

Top départ dans la nuit et sa fraîcheur ! Je sors de chez moi, une alarme sonne !

Changement de dimension, le poisson certainement trop cuit du voisin me plonge dans un film d’action. J’ai fais le mouvement de trop, le poisson m’a grillé ! Je dévale les marches et le bruit disparaît petit à petit pour laisser place au souffle de la ville. Une sirène de pompier au loin, cette fois le poisson n’y est pour rien, du moins pas celui que je connais.

« Éloigne-toi de l’épicentre du poisson trop cuit c’est le mieux que t’ais à faire ! »

Je me faufile comme une anguille jusqu’au portail de derrière que j’escalade dans la plus grande discrétion et me voilà dehors.

Après une petite minute de marche, j’arrive à Carrefour mais les grilles son tirées et le parking est fermé… Le petit Larousse définit le carrefour comme un point de rencontre d’idées, de culture, de doctrines diverses… pardon les gars mais là c’est raté ! Je sais pas qui a tort mais ça coince…

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03h00. Festival BAZR, zone industrielle de Sète.

Hangar désaffecté. Monde. Foule de gens. Mes amis, des connaissances et des inconnus. DJ Set de Franz Ferdinand.

Je fais l’amour avec la musique je fais l’amour avec les lumières, mon état second épouse la chaleur des couleurs.

Avec les sonorités je ne fais qu’un.

La fraise de ma cigarette et la fumée du tabac pénètrent ma gorge jusqu’à mes poumons. Je tire une deuxième taffe.

Avec la lumière je ne fais qu’un.

– Non mais il est un petit peu relou., dit la voix de Fannie au loin.

– Les potes avant les putes, disent-ils.

– Je crois qu’il m’a saoulé., rajoute Fannie.

BOOM BOOM

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Par – dans l’ordre – : Jeanne Levet (M2), Marie-Ange Patrice (M1), Mona Dahdouh (M2), Hawa Diakité (M1), Fannie Place (M1), Laurie Arnaud (M2), Maureen Schoeffter (M2), Pablo Lillo-Barra (M1), Anaëlle Houdard (M2), Sarah Frassanito (M1), Amandine Le Floch (M1), Agnès Laboissette (M2), Emeline Blanc (M1), Iona Borg (M1), Jules Tricard (M1), Clara Vidal (M1).

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