« Paume » – projets personnels M2 #1

C’est tombé. Lundi 13 novembre, c’est la première session des projets personnels pour les étudiants en Master 2 Création Spectacle Vivant. L’exercice « projet personnel » est un espace de création à la fois individuel et collectif, à la fois libre et contraignant.

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Plusieurs règles : travailler à deux en tant que concepteurs du projet, présenter un rendu sur scène d’une trentaine de minutes, travailler dans un temps de création et de répétition limité (deux semaines maximum), travailler en lien avec les autres projets pour créer un « projet global ». C’est un exercice de rapidité d’imagination et de création, mais aussi de gestion et de production. Difficile de prendre du recul quand on prépare les « projets persos »…

« Paume » est la première session. Elle marque de par son éclectisme tant au niveau esthétique, que dans le contenu. CHIEN BLEU, ANN WANTS TO DANCE, et CLOTURE : LES TROUS DU CORPS sont le résultat de recherches sur le vivant, sur les modalités de sa naissance, de son éclosion sur scène.

Mona Dahdouh, Master 2


CHIEN BLEU/ Alex Denis, Marion Rozé

Mise en scène : Marion Rozé
Textes : Héritage de Koltès ; Le chien, la nuit et le couteau de Mayenburg
Avec : Emeline Blanc, Alex Denis, Pauline Le Roy, Pablo Lillo Barra, Marie-Ange Patrice
Création sonore : Claire Cescut

« Ce travail se voulait être une expérimentation, une sorte de « work in progress » pour les acteurs et moi même. Inspiré de la théorie d’Eugenio Barba (notamment du livre Canoë de Papier), le projet Chien Bleu part d’une interrogation : est-ce possible de partir du corps pour arriver au texte ?

En laissant une part importante au hasard, nous avons cousu plusieurs fils de dramaturgies parallèles entremêlant actions physiques, textes théâtraux, univers sonore et conte.

Après une lecture rapide du montage des textes, nous avons débuté le travail autour des actions physiques à partir de l’écoute du conte amérindien Corbeau (narré par Michel Hindenoch). Ce conte nous a permis d’avoir un imaginaire collectif commun à partir duquel travailler. Le processus de création des partitions physiques s’est, le plus souvent, constitué comme suit : les acteurs étaient répartis dans l’espace, nous mettions de la musique, puis je leur donnais des phrases sur lesquels ils improvisaient (par exemple : « vous volez toute la lumière du monde »). Les explorations autour de ces consignes pouvaient aller de 30 à 40 minutes, puis nous reprenions – toujours en musique – les phrases données et les acteurs conscientisaient les postures/actions qu’ils avaient traversées et créaient une improvisation. Finalement, la partition physique devenant de plus en plus précise pour chacun, je finissais par enlever la musique et ils travaillaient en silence. Nous avons également expérimenté des rencontres de partitions physiques entre deux, trois ou quatre personnes. Je me suis rendu compte à cette occasion qu’une sorte de dialogue uniquement corporel s’établissait entre les deux acteurs ;dès qu’il y a interaction entre deux personnes, le sens commence à naître.

Le titre de ce projet est une référence directe au livre Chien Bleu écrit par Nadja, une autrice de littérature jeunesse. Ce livre a été une source d’inspiration par rapport au travail sur l’animalité (revenir à une corporalité plus primitive) et par rapport au dispositif. En effet, j’ai imaginé un espace uniquement éclairé de blacklights (qui donnent en soi une lumière bleue/violette), dans lequel les acteurs/danseurs seraient recouverts de peintures fluorescentes – mettant en avant les lignes de leur corps, et ceux de leur visage (à travers des masques de peintures). Cependant, et c’est l’un de mes regrets quant à ce projet, faute de temps pour expérimenter les blacklights et la peinture fluorescente sur les acteurs, ces effets esthétiques travaillaient à un tout autre endroit, voire à contre courant des partitions physiques. Finalement, malgré moi, j’ai dissimulé les partitions physiques dans l’obscurité au lieu de montrer cette belle intériorité que m’offraient les acteurs à travers leurs partitions. »

Marion Rozé, Master 2


ANN WANTS TO DANCE/ Mona Dahdouh, Jeanne Levet

Avec : Mélanie Helfer, Quentin Hochart, Jules Tricard
Texte : Moderato Cantabile de Marguerite Duras
Création sonore : Baptiste Brisseault

« Nous sommes parties de notre intérêt, voire fascination pour le texte de Marguerite Duras Moderato, en nous intéressant particulièrement à deux axes dramaturgiques :

  • le destin de cette femme – Anne Desbaredes – perdue dans son rôle de mère, d’épouse et de femme, et dans un milieu social trop bourgeois.
  • son histoire ambiguë et perverse avec un ouvrier rencontré dans un bar, Chauvin.

La distribution nous a paru évidente, et après avoir fait une dramaturgie basée essentiellement sur des dialogues tirés du roman entre les deux personnages principaux, nous avons commencé les répétitions. Celles-ci étaient structurées à partir d’allers-retours entre des exercices d’états – physiques et mentaux -, d’improvisation autour des personnages, de leur relation, et un travail de composition des scènes.

Notre mise en scène s’est axée sur deux directions : la répétition d’une action – boire -, et l’emploi de multiples matériaux techniques comme la vidéo en direct, la présence de bandes-son, et l’utilisation d’un micro. Le but étant de mettre en avant à la fois une désorientation et une surexposition du personnage principal.

Avec du recul, nous nous sommes rendu compte que nous n’avions pas proposé de point de vue assez personnel sur cette œuvre pour que l’objet scénique permette d’en diriger sa lecture.

Nous en avons également tiré une conclusion : nous ne nous sommes pas assez posé la question de l’adaptation de ce roman au théâtre. Cette œuvre n’a pas été pensée pour être jouée sur une scène : quelle temporalité ?

Ce qui a débouché sur des maladresses en termes de direction d’acteurs : le jeu des acteurs portaient les mêmes problèmes que notre dramaturgie. »

Mona Dahdouh et Jeanne Levet, Master 2


CLOTURE : LES TROUS DU CORPS/ Aïcha Euzet, Agnès Laboissette

Avec : Baptiste Brisseault
Texte : extraits de Héros-Limite de Ghérasim Luca
Création sonore : Baptiste Brisseault

Avant tout il y a l’exercice, travailler à deux, mêler deux univers artistiques différents, apprendre à créer ensemble. Puis il y a l’envie. L’envie qui se cristallise sur l’essentiel : le choix de l’interprète.

« Clôture : les trous du corps » démarre avec une écriture au plateau, un travail d’improvisations de notre interprète. Nous partons de lui, de son corps, de ses angoisses, de ses défaillances et de sa grande sensibilité, sa force. Très vite la mère revient, l’enfant dans le ventre de sa mère et le nombril signe du cordon ombilical. Le nombril point de focalisation de la voix. Des questions surgissent, du féminin ou du masculin, du viril ou de la tendresse ; le corps observé révèle de l’inavoué.

Comment l’autre regarde et définit ce que je vois ? Que reste-t-il de moi si je fais de mon être objet de sacrifice ? Don à la scène, don à l’amour, don au nombril de ton ombre.

Insister, continuer à regarder ce que je ne vois pas, ce que les autres ne voient pas. Paradoxe étouffant entré dans mon cerveau. La poésie d’un être est au cœur de cette création étudiante ; lieu de toutes les recherches possibles. »

Agnès Laboissette et Aïcha Euzet, Master 2